Article 5-Le Reggae

Article 5-Le Reggae
Sans ressources, Bob repart aux États-Unis rejoindre sa mère en 1969. Il travaille plusieurs mois de nuit dans une usine automobile Chrysler. Sa femme et ses jeunes enfants les rejoignent. À son retour, il fonde les disques "Tuff Gong", du nom de son surnom du ghetto (dérivé du surnom de Leonard Howell, le "Gong" fondateur du mouvement rastafari), et enregistre une reprise de James Brown "I'm Black and I'm Proud" rebaptisée "Black Progress" dans le nouveau style reggae avec de jeunes musiciens brillants, les frères Carlton (à la batterie) et Aston "Family Man" Barrett (à la basse) qui ne le quitteront plus. Mais les disques indépendants "Tuff Gong" n'ont toujours aucun succès. Marley va voir son vieil ami Lee "Scratch" Perry qui fin 1969 est allé chanter en Angleterre accompagné par les frères Barrett sous le nom des Upsetters. Perry a obtenu un succès anglais avec l'instrumental "The Return of Django" et accepte de produire le trio vocal Bob Marley & the Wailers. Ils collaboreront jusqu'en 1978. Perry donne une nouvelle couleur au groupe, qui enregistre plusieurs chefs-d'½uvre avec lui, dont "Duppy Conqueror", "Sun Is Shining", "Soul Rebel", "Kaya" et le (I've Gotta) "Keep on Moving" de Curtis Mayfield. Il réunira certains de ces 45 tours sur l'album "Soul Rebels" sorti en Angleterre en 1973 chez Trojan.Toujours sans succès, "Bob Marley & the Wailers" gravent une dizaine de chansons avec l'équipe de musiciens de Leslie Kong, un producteur jamaïcain (Kong avait déjà produit les deux premiers 45 tours solo de Marley en 1962) qui a du succès en Angleterre grâce à un son professionnel capable de percer sur le marché britannique (disques Trojan à Londres). Il publiera ces titres en 1971 sous le nom de "The Best of the Wailers". Bunny Wailer, superstitieux, pense que leur « meilleur » est encore à venir et lui lance une malédiction. Leslie Kong décède peu après d'une crise cardiaque, et le trio ne touche aucun argent. Marley rejoint l'organisation rasta des Douze Tribus d'Israel fondée par Prophet Gad, alias Vernon Carrington. Ils continuent à alterner les autoproductions pour "Tuff Gong" et les séances financées par Lee "Scratch" Perry pour sa marque Upsetter. Malgré la qualité de leur travail prolifique, ils n'ont aucun succès local jusqu'à leur autoproduction "Trench Town Rock" (Tuff Gong 1971). À la demande de Johnny Nash qui cherche des compositions pour la bande du film suédois "Vil Sa Garna Tro" ("L'amour n'est pas un jeu") dans lequel il joue le rôle principal, Bob Marley part à Stockholm en 1971. Il y écrit plusieurs morceaux, et collabore à la bande du film. Nash signe alors avec les disques CBS à Londres où il enregistre le plus gros succès de sa carrière, "I Can See Clearly Now". Marley l'a rejoint, et signe lui aussi avec CBS grace à Nash et son manager, avec qui il est toujours sous contrat. Comme l'album de Nash, le 45 tours "Reggae on Broadway" sort en 1972, mais Marley n'a aucun succès. Le son et les musiciens anglais apportés par Nash ne lui conviennent pas. Quelques concerts à Londres avec les frères Barrett sont organisés en première partie de Nash, mais sans succès. Nash part vers la gloire et abandonne son poulain. Marley contacte alors Chris Blackwell, le fondateur des labels Trojan et Island Records. Blackwell est Jamaïcain, il a déjà distribué en Angleterre les disques Beverley's de Leslie Kong, et connaît le nom de Marley. Il rachète le contrat de production à Danny Sims, et confie de l'argent à Bob, qui part enregistrer à Kingston. À ce point charnière de sa carrière, Bob Marley a déjà contribué à au moins 350 morceaux enregistrés en studio (dont une trentaine environ en tant que choriste), dont une grande partie ne seront révélés au public international que très tardivement, bien après sa mort, notamment dans la série de onze CDs "The Complete Bob Marley & the Wailers 1967 to 1972" réalisée entre 1998 et 2003 par le Français Bruno Blum et l'Américain Roger Steffens. Marley réenregistrera par la suite une partie de ces compositions, comme "Satisfy my Soul", "Sun Is Shining" ou "Lively Up Yourself".

# Posté le samedi 12 avril 2008 07:07

Article 6-Le Succès

À la suggestion de Blackwell, les deux premiers albums pour Island sont remixés à Londres, où des solos de guitare sont ajoutés, ainsi que des parties de claviers qui apportent un son plus accessible au grand public. Ils sortent chez Island sous le nom des Wailers en 1973, mais après une tournée anglaise Bunny Wailer quitte le groupe, remplacé par Joe Higgs pour la tournée suivante (album "Talking Blues"), puis c'est Peter Tosh qui s'en va, laissant Bob à sa carrière solo. Le trio vocal féminin "The I Three" avec Rita Marley, Marcia Griffiths et Judy Mowatt prend en charge les ch½urs. Le nom des Wailers sera désormais celui de ses accompagnateurs, parmi lesquels les frères Barrett (basse et batterie), les pianistes Earl Lindo et Tyrone Downie, le guitariste Earl Smith, l'harmoniciste Lee Jaffee et le percussionniste Alvin Patterson. Son premier album est le chef-d'½uvre « Natty Dread », dans lequel il incorpore une influence blues avec le guitariste américain Al Anderson. Un autre guitariste soliste américain, Junior Marvin, est ensuite engagé. Suivront le « Live! » enregistré le 18 juillet 1975 à Londres, qui contient son premier succès international No Woman No Cry où il console une femme affectée par la violence des ghettos, puis l'essentiel "Rastaman Vibration" (1976) qui sera le disque de Bob le plus vendu de son vivant, et son premier succès américain.

Le 3 décembre 1976 à Kingston, peu avant le grand concert en plein air "Smile Jamaica", Bob Marley échappe à une fusillade déclenchée à son domicile par six hommes armés. Il reçoit une balle dans le bras, une dans la poitrine et cinq dans la cuisse tandis qu'une autre touche Rita à la tête mais sans la tuer (elle s'en sort miraculeusement). Don Taylor, leur manager américain, en sort très gravement blessé de six balles. Parmi les agresseurs, des membres des Wailers reconnaissent Jim Brown, un tueur proche du parti de droite pro-américain, le JLP.

Deux jours après l'attentat, courageusement Bob Marley participe comme prévu au concert Smile Jamaica à Kingston. Aux journalistes qui lui demandaient pourquoi il tenait tant à jouer lors de ce concert il répondit : "Les gens qui participent à rendre ce monde plus mauvais ne prennent jamais de jours de congés. C'est pourquoi je ne peux me le permettre". Family Man Barrett, caché dans les collines, est remplacé ce jour-là par Cat Coore de Third World. Bob montre ses bandages à la foule. Il ne se sent plus en sécurité en Jamaïque et part en exil en janvier 1977. Il fait escale à Nassau, puis se réfugie à Londres. Il y enregistre les albums à succès « Exodus » et « Kaya » ainsi que le single Punky Reggae Party avec Lee Scratch Perry, qui scelle un pacte rebelle avec le mouvement punk anglais en plein essor. Les titres Jamming, Waiting in Vain notamment sont des tubes mondiaux. Sa relation avec la Jamaïquaine Cindy Breakspeare, Miss Monde 1976, contribue à le projeter à la une des médias.

En mai 1977, une blessure au gros orteil faite en jouant au football se rouvre lors d'un match amical à l'hôtel Hilton de Paris. Le médecin lui suggère des analyses. Le diagnostic est réalisé à Londres : Bob Marley souffre d'un mélanome malin (cancer de la peau), sans doute dû à une trop longue exposition au soleil. On lui prescrit une amputation urgente de l'orteil, mais un mélange de superstition de son entourage et de pression en pleine tournée européenne où il rencontre enfin son public contribuent à retarder l'opération.

En avril 1978, Bob Marley & the Wailers font un retour triomphal en Jamaïque. Lors du One Love Peace Concert, Bob parvient à réunir sur scène les deux ennemis politiques qui se disputent le pouvoir, Edward Seaga (JLP) et le Premier Ministre Michael Manley (PNP). C'est le sommet de sa carrière. Sans arrêt en tournée, Bob Marley & The Wailers enregistrent l'album en public "Babylon by Bus" au Pavillon de Paris de la porte de Pantin en 1978. Bob fait alors construire son studio, Tuff Gong, où il enregistre l'album "Survival". Les succès se multiplient. Ils vont jouer jusqu'en Nouvelle Zélande, où ils sont accueillis chaleureusement par les Maori.

En 1980, après une perte de connaissance lors d'un jogging à Central Park à New York, Bob Marley passe un examen aux rayons X où l'on voit cinq tumeurs, trois au cerveau, une aux poumons et une à l'estomac. Il ne dit rien à son entourage et joue un dernier concert enregistré à Pittsburgh. Bob part ensuite pour une clinique de Bavière où il suit un traitement original avec un ancien médecin nazi, le docteur Josef Issels qui prolonge sa vie au prix de dures souffrances. Le cancer se généralise.

À la fin de sa vie, Bob Marley se convertit à l'Église orthodoxe éthiopienne, dont la plus haute autorité était feu l'empereur d'Éthiopie Hailé Sélassié Ier, considéré par les rastas comme étant la réincarnation de Jésus annoncée dans l'Apocalypse ("le roi des rois, seigneur des seigneurs"). Il souhaitait finir ses jours en Jamaïque mais décède à Miami le 11 mai 1981, trop faible pour faire le voyage en avion jusqu'à Kingston.

# Posté le samedi 12 avril 2008 07:16

Modifié le samedi 12 avril 2008 07:57

Article 7-L'héritage

Article 7-L'héritage
Bob Marley a fait découvrir au monde le reggae, un riche dérivé du blues qui a considérablement influencé la musique populaire occidentale, et ce bien plus qu'il est généralement admis (le remix, ou dub, et le rap sont directement issus du reggae). Sa musique a touché tous les publics, transcendant les genres, comme en témoigne un large culte, encore en pleine expansion dans le monde entier à la fin du vingtième siècle. La dimension de Bob est bien plus large que celle du simple chanteur capable de produire des succès populaires comme Is This Love ou Could You Be Loved. Exprimant à l'origine l'affirmation de la dignité et la valorisation d'une identité africaine pour son peuple bafoué par des siècles d'esclavage (Slave Driver, Redemption Song), de colonialisme (Music Lesson, Crazy Baldhead) et d'oppression économique (Revolution), il incarne avec le mouvement rastafari (Positive Vibration, War) l'éveil de l'humanité à une révolution spirituelle contre un oppresseur qu'il décrit d'abord comme étant le fruit d'une imposture chrétienne (Get Up Stand Up), voir païenne (Heathen), capitaliste (Rat Race), corrompu, raciste et hypocrite (Who the Cap Fit) à la fois. Avec une authenticité et une force sans doute inégalées depuis, il a été la première véritable superstar venue d'un pays pauvre. Parolier remarquable capable de s'approprier avec naturel des formules du langage populaire, n'hésitant pas à aborder les thèmes les plus universels, Bob Marley reste d'abord un symbole d'émancipation et de liberté. Il est aussi devenu l'un des symboles universels de la contestation (Soul Rebel), voire de la légitime défense (I Shot the Sheriff), supplantant souvent dans l'inconscient collectif des politiciens comme Che Guevara (la proche révolution cubaine a marqué Marley), le Jamaïcain Marcus Garvey, Malcolm X, Léon Trotsky, Nelson Mandela ou Thomas Sankara. Son message est d'abord d'ordre spirituel et culturel, et enrobé d'un prosélytisme à consommer du chanvre, un rituel rasta (Kaya, Easy Skanking).

Miroir de l'esprit rebelle des peuples opprimés, héros, exemple et modèle à la fois, Bob Marley est considéré par plusieurs générations déjà comme le porte-parole défunt mais privilégié des défavorisés. Il est avant tout le premier musicien à incarner et assumer pleinement et naturellement cette identité de porte-parole contestataire, un statut que d'autres musiciens comme James Brown (dont il a enregistré plusieurs compositions), Bob Dylan ou John Lennon ont approché mais n'ont jamais totalement obtenu ou assumé pour diverses raisons. En dénonçant la falsification ou l'omission des cultures africaines et afro-américaines par les religions occidentales et les historiens colonialistes (Zion Train, Music Lesson), et avec l'essentiel ingrédient spirituel et culturel rasta (Forever Loving Jah, Rastaman Chant), Bob Marley a suivi une voie qui ne se limite pas à la protestation d'ordre social.

Il a souhaité confronter l'humanité à une approche de l'histoire et de la bible jusque là essentiellement ignorée, et de plus en plus largement étudiée et reprise depuis. Son approche théologique rastafarienne, relayée par sa célébrité, fait ainsi de Marley l'objet d'un certain nombre de réflexions de nature hagiographique. Beaucoup voient en lui une sorte d'apôtre ou de "prophète" multimédia (Time Will Tell), sans oublier qu'il est le fils d'un Blanc et d'une Noire, signe d'un métissage planétaire unificateur dont l'avenir dépend en bonne partie d'une meilleure connaissance du passé. Comme l'écrivait le New-York Times de façon peut-être aussi ironique que prophétique quinze ans après sa disparition, en 1996, quand l'ancien tiers-monde occupera et colonisera les anciennes super-puissances, Bob Marley sera commémoré comme un saint.

# Posté le samedi 12 avril 2008 07:21

Article 8-Sa discographie

Article 8-Sa discographie
Avec les Wailers:

The Wailing Wailers :1966
Soul Rebels :1970
Soul Revolution Part II :1971
The Best of the Wailers :1972
Catch a Fire :1972
Burnin' :1973

En solo:

Natty Dread :1974
Live! :1975
Rastaman Vibration :1976
Exodus :1977
Kaya :1978
Babylon by Bus :1978
Survival :1979
Uprising :1980


Posthumes:

Confrontation :1983
A Man in Tokyo (concert enregistré en 1979) :1991
Talkin' Blues (concert enregistré en 1973) :1991
Live at the Roxy (concert enregistré en 1976) :2003

Compilations:

Interviews :1981
Legend :1984
Reggae Greats :1984
Rebel Music :1986
Songs of Freedom (CD quadruple) :1992
Natural Mystic: The Legend Lives On :1995
Bob Marley: Reggae Legend :1999
One Love: The Very Best of Bob Marley & The Wailers :2001
Bob Marley and The Wailers: Trenchtown Rock (Anthology '69 - '78) :2002
Roots, Rock, Remixé :2007


Compilations de matériel enregistré au Studio One entre 1963 et 1966 par les Wailers:

The Birth Of A Legend :1990
One Love at Studio One :1991
Simmer Down at Studio One :1994
Wailing Wailers at Studio One :1994
The Toughest :1996
Destiny: Rare Ska Sides from Studio One :1999
Wailers and Friends :1999
Climb the Ladder :2000
The Early Collection :2000
Greatest Hits at Studio One :2003
One Love at Studio One 1964-1966 (réédition) :2006


Compilations de matériel enregistré entre 1966 et 1971 par les Wailers:

The Complete Wailers CD-01: Rock To The Rock :1997
The Complete Wailers CD-02: Selassie Is The Chapel :1997
The Complete Wailers CD-03: Best Of The Wailers :1997
The Complete Wailers CD-04: Soul Rebels :1997
The Complete Wailers CD-05: Soul Revolution Part II :1997
The Complete Wailers CD-06: More Axe :1997
The Complete Wailers CD-07: Keep On Skanking :1998
The Complete Wailers CD-08: Satisfy My Soul Jah Jah :1998
The Complete Wailers CD-09: Freedom Time :2002
The Complete Wailers CD-10: Soul Adventurer ;2002
The Complete Wailers Boxset: Rebel ;2002
Feel Alright :2004
Upsetter Revolution Rhythm :2004
Original Cuts :2004
127 King Street :2004
Ammunition Dub Collection :2004
Bob Marley & The Wailers – The Jad Years (An Introduction To Bob Marley & The Wailers) :2004
Bob Marley – Universal Masters Collection :2004
20th Century Masters: The JAD Years: Bob Marley & The Wailers :2004
Grooving Kingston 12 Boxset (trois disques) :2004
Fy-ah, Fy-ah Boxset (trois disques) :2004
Man To Man Boxset (trois disques :2005
Wail'N Soul'M Singles Selecta :2005
Gold :2005


Albums de remixes:

Chances Are :1981
Never Ending Wailers :1993
Soul Almighty: The Formative Years Vol.1 :1996
Black Progress: The Formative Years Vol.2 :1997
Dreams Of Freedom: Ambient Translations in Dub :1997
Chant Down Babylon :1999
Shakedown: Marley Remix :2001


Hommages contenant des ré-enregistrements:

Like Father Like Son (Ky-Mani Marley) :1996
Stir It Up: The Music of Bob Marley (Monty Alexander) :1999
Kaya N'Gan Daya (Gilberto Gil) :2002
Concrete Jungle: The Music of Bob Marley (Monty Alexander)

# Posté le samedi 12 avril 2008 07:28

Article 9-La bibliographie

Article 9-La bibliographie


Bob Marley, le reggae et les rastas, de Bruno Blum (Hors Collection, Paris 2004)
Sur la route avec Bob Marley, de Mark Miller (Scali, 2007)
Rebel Music ,de Kate Simon (Genesis Publications, Londres 2004)
L'intégrale Bob Marley : les secrets de toutes ses chansons, de Mauren Sheridan (Nouvelles Editions, 2005)
Bob Marley ,de Stephen Davis (Seuil, 1992)
Dictionnaire des chansons de Bob Marley ,d'Elodie Maillot (Ed du Tournon, 2005)
Bob Marley : légende rasta sous la dir. d'Adrian Boot et Chris Salewicz (Seuil, 1995)
Catch a fire : the life of Bob Marley ,de Thimoty White (Omnibus Press, 1995)
Bob Marley ,de Lan McCann (Omnibus Press, 1993)
Bob Marley la légende ,de James Henke (Du Panama, 2006)
No woman, no cry, ma vie avec Bob Marley ,de Rita Marley (Hachette, 2004)
Bob Marley ,de Francis Dordor (Librio musique, 1999)
Bob Marley un rebelle, un sage ,une photobiographie ,par Dennis Morris (Tana éditions, 2006)

# Posté le samedi 12 avril 2008 07:32